Mon ado ne veut plus aller au collège : que faire ?
Par Sophie Levesque, psychopraticienne spécialisée en thérapie d’enfants & adolescents — Cabinet de psychothérapie Enfants et Adolescents – Sophie Levesque Lyon 4 Croix-Rousse
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« Je ne veux pas aller au collège. »
Ce refus tombe, parfois sans prévenir, et inquiète grandement les parents.
Faut-il insister ? Le laisser rester à la maison ? Chercher à comprendre ? Contacter le collège ? Consulter ?
Il n'est pas toujours facile de savoir comment réagir face à un adolescent qui refuse d'aller au collège.
C’est pourquoi, quinze jours après la rentrée scolaire, je consacre un article à ce sujet souvent préoccupant pour les parents et source fréquente de consultations à mon cabinet (cabinet de psychothérapie enfant et ado - Sophie Levesque).
D'autant que derrière un « je ne veux pas y aller » peuvent se cacher des réalités très différentes.
Parfois, il s'agit d'une difficulté ponctuelle. Mais ce refus peut aussi être une manière pour l'adolescent d'exprimer une anxiété, une peur, une difficulté relationnelle, un sentiment d'échec ou une souffrance qu'il ne parvient pas encore à mettre en mots.
L'enjeu n'est donc pas uniquement de faire en sorte que votre adolescent retourne au collège. Il est aussi de chercher à comprendre ce qui rend le collège si difficile pour lui aujourd'hui.
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Pourquoi mon adolescent ne veut-il pas aller au collège ?
Il n'existe évidemment pas une seule raison au refus d'aller au collège. J’en liste ci-dessous un certain nombre non exhaustif, mais les plus courantes comme motif de consultation.
Un adolescent peut refuser d'aller au collège parce qu'il rencontre :
des difficultés scolaires et la peur de ne pas réussir ;
des tensions avec un professeur ;
des difficultés avec ses camarades ;
une situation de harcèlement ou de mise à l'écart ;
une forte anxiété face au regard des autres ;
une peur de l'échec ;
une fatigue importante ;
des difficultés à trouver sa place dans la classe ;
une perte de motivation ;
une période personnelle ou familiale difficile.
Il peut également arriver que l'adolescent lui-même ne sache pas exactement expliquer pourquoi il ne veut plus aller au collège.
C'est une situation que l'on peut rencontrer : il sait qu'il ne veut pas y aller, il ressent une boule au ventre, de l'angoisse ou une grande fatigue, mais il ne parvient pas à identifier précisément ce qui se passe.
Dans ce cas, demander immédiatement : « Mais pourquoi tu ne veux pas y aller ? » peut parfois être difficile pour lui.
Il n'a peut-être tout simplement pas encore la réponse ou accès aux émotions qui l’encombrent. C’est tout l’enjeu du travail psychothérapeutique, mettre des mots sur ce qu’il traverse, et l’aider à surmonter les émotions douloureuses qui le freinent.
Refuser d’aller au collège : opposition ou mal-être ?
Lorsqu'un adolescent refuse de se lever, s'enferme dans sa chambre ou répond « je m'en fiche » lorsque ses parents parlent du collège, il peut être tentant de penser qu'il s'agit simplement d'un comportement d'opposition.
L'adolescence est effectivement une période où l'opposition peut prendre davantage de place. Mais il est important de ne pas s'arrêter à cette première impression.
Comme pour les difficultés scolaires chez l'enfant plus jeune, le refus d'aller au collège chez l'adolescent doit avant tout être pensé comme un symptôme, c'est-à-dire comme la trace visible d'un conflit psychique qui, lui, reste invisible.
Comme je l’ai décrit dans mon article “Comment reconnaître l’anxiété chez l’enfant”, un adolescent anxieux peut devenir irritable. Un adolescent qui se sent en échec peut dire qu'il « s'en fiche ». Un adolescent qui a peur de retrouver certains camarades peut préférer rester dans sa chambre plutôt que d'expliquer ce qu'il ressent. Et un adolescent qui souffre peut parfois donner l'impression qu'il refuse toute aide.
C'est pourquoi le comportement mérite d'être regardé comme un signal à comprendre, plutôt que comme un problème qu'il faudrait simplement faire cesser.
D’autant que l'adolescence est une période de nombreux changements où les relations avec les autres prennent une place importante, le regard des camarades peut devenir particulièrement sensible et les exigences scolaires augmentent progressivement.
C’est également une période de construction psychique où se rejoue, sur un mode nouveau, la question de la séparation — celle-là même que le tout-petit avait déjà traversée en quittant le giron familial pour l'école.
Mais à l'adolescence, la séparation ne concerne plus seulement les parents : il s'agit de se séparer de l'enfance elle-même, de son corps d'enfant, de l'image que l'on avait de soi.
Ce refus survient donc rarement par hasard au moment de l'adolescence. Et, derrière un même refus, plusieurs réalités psychiques peuvent se cacher, il importe de ne pas les confondre et en voici les principales :
une angoisse de séparation réactivée, qui n'avait pas trouvé à se résoudre plus tôt ;
une souffrance liée au groupe — harcèlement, exclusion, humiliation — que l'adolescent tait par honte ;
un vécu d'échec ou de dévalorisation scolaire, qui vient toucher une estime de soi déjà vacillante à cet âge ;
un état dépressif plus global, dont le refus scolaire n'est que la partie émergée ;
ou encore un événement familial — deuil, séparation des parents, déménagement — dont l'adolescent ne parvient pas à élaborer psychiquement la portée, et qui vient se cristalliser sur l'école.
Alors comment comprendre ce refus d’aller au collège ?
Le rôle du parent n'est pas de trancher seul entre ces hypothèses, mais d'être attentif au moment où quelque chose change dans le rapport de son adolescent à l'école — et de ne pas « laisser traîner ».
Un désinvestissement brutal, un isolement inhabituel, une irritabilité nouvelle ou des plaintes somatiques récurrentes sont autant de signes qui méritent d'être pris au sérieux, sans pour autant céder à la panique ni à la dramatisation.
L'adolescent a besoin de sentir que ce qu'il traverse peut être entendu sans être jugé, et que le lien avec ses parents peut tenir, même dans le désaccord.
Il est également essentiel de résister à la tentation de la réponse uniquement éducative — sanctionner l'absentéisme, négocier des récompenses, forcer le passage — qui, si elle peut sembler efficace à très court terme, ne s'adresse jamais à la cause réelle du blocage.
L'adolescent a besoin qu'on cherche avec lui ce qui se joue, plutôt que qu'on cherche seulement à le faire rentrer dans le rang. Cette position est bien souvent difficile à tenir pour nous, parents. C'est là que le travail avec un thérapeute pour enfant et adolescent peut prendre tout son sens.
C'est précisément parce que l'adolescent ne peut souvent pas nommer lui-même ce qui le bloque — et parce que les parents, pris dans l'inquiétude et l'affect, ne sont pas toujours la bonne place pour l'entendre — qu'un accompagnement extérieur a tout son sens.
Je souhaite rassurer ici les parents, consulter n'est pas un aveu d'échec parental : c'est offrir à son adolescent un espace bien à lui, où il pourra déposer ce qu'il ne parvient pas encore à dire ailleurs. Une chance que vous lui offrez de mieux se connaître et de grandir.
C'est aussi, souvent, l'occasion de dénouer ce qui, resté trop longtemps sans réponse, pourrait s'installer durablement, se déplacer vers d'autres sphères de la vie de l'adolescent ou évoluer vers une véritable phobie scolaire.
Que faire concrètement lorsque le matin devient très difficile ?
Lorsque la crise arrive à 7h30, il est rarement facile de prendre du recul. Pourtant, essayer d'éviter que toute la matinée se transforme en confrontation peut être utile.
Alors, même si je sais, que c’est un moment critique pour tout parent, de stress intense, je me permets de vous proposer ici quelques pistes pour vous aider à surmonter la crise.
Vous pouvez commencer par reconnaître ce que vous observez : « Je vois que ce matin, c'est vraiment difficile. »
Puis essayer de comprendre ce qui se passe aujourd'hui : « Est-ce qu'il y a quelque chose de particulier aujourd'hui au collège ? »
Si votre adolescent est submergé par l'émotion, il n'est peut-être pas nécessaire de résoudre toute la situation à cet instant. Vous pourrez reprendre la discussion plus tard, lorsque la tension sera retombée. Et surtout, ne restez pas seul avec cette situation si elle se répète.
Que lui demander ?
Il n'est pas toujours nécessaire de commencer par une longue conversation.
Avec un adolescent, les échanges les plus importants n'ont parfois pas lieu au moment où le parent les avait prévus. Une discussion dans la voiture, en faisant une promenade, en préparant le repas ou même le soir avant de dormir peut-être plus facile qu'un face-à-face très formel.
Vous pouvez commencer simplement :
« J'ai l'impression que le collège est devenu difficile pour toi en ce moment. Est-ce que je me trompe ? »
ou
« Je vois que les matins sont vraiment compliqués. J'aimerais comprendre ce qui se passe pour toi. »
L'objectif n'est pas nécessairement d'obtenir immédiatement une explication. Il s'agit d'abord de lui montrer que vous avez remarqué sa difficulté et que vous êtes disponible pour en parler.
Des questions qui peuvent aider
Plutôt que de multiplier les questions, je vous propose ici une liste de 5 questions, qui, j’ai constaté fonctionnent bien avec les adolescents, ouvre la communication, et débouche sur des mots plutôt que sur la violence ou le silence.
« Qu'est-ce qui est le plus difficile au collège en ce moment ? »
« Est-ce que c'est plutôt les cours, les profs ou les autres élèves ? »
« Est-ce qu'il y a un moment de la journée que tu redoutes particulièrement ? »
« Est-ce qu'il y a quelque chose qui s'est passé récemment ? »
« Si tu pouvais changer une seule chose au collège, ce serait quoi ? »
Et parfois, une question très simple peut suffire : « Est-ce que tu as peur de quelque chose au collège ? »
Il est important de laisser à l'adolescent la possibilité de ne pas répondre immédiatement.
Et s’il ne répond “je ne sais pas” ?
C'est la réponse qu’entende le plus les parents : « Je ne sais pas. »
Cela peut être frustrant lorsque l'on cherche désespérément une explication. Mais « je ne sais pas » ne signifie pas forcément « je ne veux pas te parler ».
L'adolescent peut réellement avoir du mal à identifier ce qu'il ressent. Il peut aussi avoir peur de la réaction de ses parents, avoir honte de ce qu'il vit ou ne pas savoir comment raconter une situation.
Dans ce cas, il peut être préférable de ne pas insister immédiatement.
Vous pouvez simplement lui dire :
« D'accord. Tu n'es peut-être pas prêt à m'en parler maintenant. Mais je veux que tu saches que je suis là et qu'on pourra y revenir quand tu voudras. »
Laisser une porte ouverte est parfois plus utile que de chercher à obtenir une réponse à tout prix.
Faut-il obliger son adolescent à aller au collège ?
C'est probablement l'une des questions les plus difficiles pour les parents. Et il n'existe pas une réponse unique.
Le collège fait partie du quotidien de l'adolescent et il est important de ne pas installer durablement un évitement sans chercher à comprendre ce qui se passe.
Mais demander à un adolescent très anxieux ou en grande souffrance de retourner au collège « comme si de rien n'était » peut également être insuffisant.
L'enjeu est donc de trouver un équilibre entre ne pas banaliser le refus et ne pas réduire la situation à un rapport de force.
Avant de décider quoi faire, il peut être utile de se demander :
Qu'est-ce qui rend le collège si difficile ?
Depuis quand ?
Est-ce que le refus est uniquement lié au collège ou retrouve-t-on cette difficulté dans d'autres situations ?
Que se passe-t-il les dimanches soirs ou les veilles de reprise ?
Votre adolescent présente-t-il également des signes d'anxiété ou de mal-être ?
Ces éléments peuvent aider à comprendre la situation et à déterminer les personnes à solliciter.
En plus d’un suivi psychothérapeutique pour gérer l’anxiété, je recommande souvent aux parents d’avancer main dans la main avec le collège ou lycée de leur enfant : trouver une solution adaptée, portée par l'ensemble des adultes qui entourent l'adolescent, afin que ceux-ci puissent avancer dans la même direction.
Mon ado a mal au ventre avant d'aller au collège : faut-il s'inquiéter ?
Notre premier réflexe de parent peut être de dire : “Tu n'as rien, c'est le stress.” Pourtant, les manifestations physiques de l'anxiété sont bien réelles.
L'anxiété peut notamment se manifester par :
des douleurs abdominales ;
des maux de tête ;
des nausées ;
des difficultés à dormir ;
une grande fatigue ;
des accélérations du rythme cardiaque ;
une sensation de malaise.
Cela ne signifie évidemment pas que toute douleur est liée à l'anxiété. Mais cela signifie qu’il est important de prendre en compte cette douleur.
C’est pourquoi, il est important pour moi de travailler main dans la main avec les médecins traitants et les pédiatres de mes patients et de toujours prendre un avis médical quand il y a des douleurs et/ou des manifestations physiques de l’anxiété.
De plus, lorsque le symptôme apparaît très régulièrement et dans certaines situations identifiées — par exemple uniquement les jours de collège — il peut également être intéressant de se demander ce qu'il vient exprimer.
Et si mon adolescent est victime de harcèlement ?
Lorsqu'un adolescent ne veut plus aller au collège, la question des relations avec les autres élèves mérite une attention particulière.
Il n'est pas toujours facile pour un adolescent de dire qu'il est victime de harcèlement.
Il peut avoir peur que la situation empire. Il peut avoir honte. Il peut penser que ses parents vont immédiatement intervenir sans lui demander son avis. Ou encore considérer que ce qui lui arrive est « de sa faute ».
Soyez donc attentif à certains changements : isolement, changement brutal de comportement, refus de parler du collège, perte d'objets ou affaires détériorées, anxiété importante, troubles du sommeil, chute des résultats ou modification inhabituelle de l'humeur.
Ces signes ne permettent pas à eux seuls de conclure à une situation de harcèlement.
Mais ils peuvent constituer une invitation à ouvrir le dialogue et, si nécessaire, à prendre contact avec l'établissement.
Quand faut-il contacter le collège ?
Lorsque le refus devient répété ou que vous sentez que votre adolescent est en difficulté, il peut être important de ne pas rester seul.
Le professeur principal, le CPE, l'infirmier ou l'infirmière scolaire ou d'autres professionnels de l'établissement peuvent parfois apporter un autre regard sur ce qui se passe au collège.
Il peut être intéressant de leur transmettre ce que vous observez à la maison :
depuis quand le refus existe ;
dans quelles circonstances il apparaît ;
les éventuels symptômes physiques ;
les changements de comportement ;
ce que votre adolescent vous a éventuellement confié.
Le regard croisé entre la famille, l'adolescent et le collège peut permettre de mieux comprendre la situation.
Quand faut-il consulter ?
Comme je l’écris dans chacun de mes articles, il n'est pas nécessaire d'attendre que la situation soit devenue très importante pour demander de l'aide.
Une consultation peut être intéressante lorsque le refus du collège s'installe, lorsque l'anxiété devient importante ou lorsque votre adolescent semble souffrir sans parvenir à expliquer ce qui lui arrive.
Une attention particulière peut être portée lorsque l'on observe :
un refus répété d'aller au collège ;
des crises d'angoisse ;
des troubles importants du sommeil ;
des symptômes physiques fréquents ;
un isolement marqué ;
une forte irritabilité ou une modification importante de l'humeur ;
une chute brutale des résultats scolaires ;
une perte d'intérêt pour des activités habituellement appréciées ;
une souffrance qui semble s'étendre au-delà du collège.
Dans certaines situations, une consultation médicale ou psychologique peut aider à comprendre ce qui se joue.
L'objectif n'est pas de « trouver quelque chose qui ne va pas » chez l'adolescent. Il s'agit plutôt de lui offrir un espace où il pourra progressivement mettre des mots sur ce qu'il vit.
Si vous ressentez le besoin d'être accompagné(e) dans cette étape, n'hésitez pas à me contacter.
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👉 Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de trois de mes articles sur l’anxiété chez les enfants :
🌐 Pour approfondir, je vous recommande un article de la CAF et une émission de Grand bien vous fasse dédiée à la phobie scolaire.
Article rédigé par Sophie Levesque, psychopraticienne spécialisée dans la psychothérapie de l'enfant et de l'adolescent, cabinet à Lyon 4 (Croix-Rousse).
📍Cabinet de psychothérapie Enfants & Adolescents - Sophie Levesque - Lyon 4 Croix-Rousse
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